Les Reîtres

Victor Hugo

La Légende des siècles

Sonnez, clairons, Sonnez, cymbales ! On entendra siffler les balles ; L’ennemi vient, nous le battrons ; Les déroutes sont des cavales Qui s’envolent quand nous soufflons ; Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, rixdales, Sonnez, doublons ! Sonnez, cymbales, Sonnez, clairons ! On entendra siffler les balles ; Nous sommes les durs forgerons Des victoires impériales ; Personne n’a vu nos talons ; Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, doublons, Sonnez, rixdales ! Sonnez, clairons, Sonnez, cymbales ! On entendra siffler les balles ; Sitôt qu’en guerre nous entrons Les rois ennemis font leurs malles, Et commandent leurs postillons ; Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, rixdales, Sonnez, doublons ! Sonnez, cymbales, Sonnez, clairons ! On entendra siffler les balles ; Sur les villes nous tomberons ; Toutes femmes nous sont égales, Que leurs cheveux soient bruns ou blonds ; Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, doublons, Sonnez, rixdales ! Sonnez, clairons, Sonnez, cymbales ! On entendra siffler les balles ; Du vin ! Du faro ! Nous boirons ! Dieu, pour nos bandes triomphales Fit les vignes et les houblons ; Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, rixdales, Sonnez, doublons ! Sonnez, cymbales, Sonnez, clairons ! On entendra siffler les balles ; Quelquefois, ivres, nous irons À travers foudres et rafales, En zigzag, point à reculons. Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, doublons, Sonnez, rixdales ! Sonnez, clairons, Sonnez, cymbales ! On entendra siffler les balles ; Nous pillons, mais nous conquérons ; La guerre a parfois les mains sales, Mais la victoire a les bras longs ; Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Sonnez, rixdales, Sonnez, doublons ! Sonnez, rixdales, Sonnez, doublons ! Nous jouerons aux dés sur les dalles ; Rois, nous sommes les aquilons ; Vos couronnes sont nos vassales ; Et nous rirons quand nous mourrons. On entendra siffler les balles ; Sonnez, clairons, Sonnez, cymbales !