Pour d’autres . X

Victor Hugo

Les Chansons des rues et des bois — 1865

L’enfant avril est le frère De l’enfant amour ; tous deux Travaillent en sens contraire À notre cœur hasardeux. L’enfant amour nous rend traîtres, L’enfant avril nous rend fous. Ce sont les deux petits prêtres Du supplice immense et doux. La mousse des prés exhale Avril, qui chante drinn drinn, Et met une succursale De Cythère à Gretna-Green. Avril, dont la fraîche embûche À nos vices pour claqueurs, De ses petits doigts épluche Nos scrupules dans nos cœurs. Cependant il est immense ; Cet enfant est un géant ; Il se mêle à la démence Qu’a l’Éternel en créant. Lorsqu’il faut que tout rayonne, Et que tout paye un tribut, Avril se proportionne À l’énormité du but. La rosée est son mystère ; Travail profond ! sa lueur Au front sacré de la terre Fait perler cette sueur.