Fatigue

Lucie Delarue-Mardrus

Horizons — 1904

J’écoute au loin gronder la nuit noire et le vent… Je voudrais n’être plus ce furieux amant, Ce sombre et dur penseur ; n’être rien qu’une femme, — Sans tout ce halètement de l’âme, — Qui aime, sourit et rêve simplement. Quand tiendrai-je ma tête entre mes mains tranquilles Sans la sentir éclater d’orgueil, De révolte ou d’épouvante, Sans la sentir plus lourde à porter qu’une ville ? J’écoute au loin gronder la nuit noire et le vent… — Ah ! ne plus rien savoir de ce cœur décevant, M’arracher du Souci, du Songe, du Baiser, Me reposer ! Me reposer !