Ce fut au soir

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Ce fut au soir joyeux d’un avril où la fonte Des neiges transformait les pentes des sentiers, Sonores de cailloux et roses d’églantiers, En ruisseaux dévalant vers le fleuve qui monte ; La toison des brebis s’en allait sous la tonte, Laines que l’autre hiver tisseront les métiers, Auprès du feu, comme ce soir où vous chantiez L’ode d’un vieux poète à Vénus d’Amathonte ; Et tout ce long hiver jusqu’à ce jeune avril Je vous aimai d’un vain amour si puéril Qu’il ne fallût rien moins pour que je m’enhardisse Que la complicité des mousses où l’on dort Et ce Printemps, pour qu’entre mes bras je vous prisse, Un soir, devant ce grand bélier à cornes d’or.