Ballade XXXV

Charles d’Orléans

Poème de la prison

J’ai ou trésor de ma pensée Un mirouer qu’ai acheté. Amour, en l’année passée, Le me vendy, de sa bonté ; Ou quel vois toujours la beauté De celle que l’en doit nommer. Par droit, la plus belle de France. Grant bien me fait à m’y mirer, En attendant Bonne Espérance. Je n’ai chose qui tant m’agrée, Ne dont tiengne si grant chierté, Car, en ma dure destinée, Maintesfoiz m’a reconforté ; Ne mon cueur n’a jamais santé, Fors quant il y peut regarder Des yeux de Joyeuse Plaisance ; Il s’y esbat pour temps passer, En attendant Bonne Espérance. Advis m’est, chacune journée Que m’y mire, qu’en vérité Toute doleur si m’est ostée ; Pource, de bonne volonté, Par le conseil de Leauté, Mettre le vueil et enfermer Ou coffre de ma souvenance, Pour plus seurement le garder, En attendant Bonne Espérance.