Le rôle des femmes

Paul Éluard

Poésie et vérité 1942 — 1942

En chantant les servantes s’élancent Pour rafraîchir la place où l’on tuait Petites filles en poudre vite agenouillées Leurs mains aux soupiraux de la fraîcheur Sont bleues comme une expérience Un grand matin joyeux Faites face à leurs mains les morts Faites face à leurs yeux liquides C’est la toilette des éphémères La dernière toilette de la vie Les pierres descendent disparaissent Dans l’eau vaste essentielle La dernière toilette des heures À peine un souvenir ému Aux puits taris de la vertu Aux longues absences encombrantes Et l’on s’abandonne à la chair très tendre Aux prestiges de la faiblesse.