N’on n’en pourrait assez médire
Christine de Pizan
Autres balades
Jadis Circes l’enchanteresse
Fit chevaliers devenir porcs ;
Mais Ulixes par sa sagece
De ce meschief les gitta hors.
Mais je ne sais se c’est droit sors
D’aucunes gens, dont j’ai grant ire,
Qui sont plus que pors vilz et ors,
N’on n’en pourrait assez médire.
Grands vanteurs sont et sans proece,
Mais trés bien parez par dehors.
Orgueilleux pour leur gentillece,
Et tiennent bien aise leurs corps ;
Mais en eux a maint mal remors,
Et combien qu’on ne l’ose dire
A bien fane n’ont pas amors,
N’on n’en pourrait assez médire.
Il n’est nulle si grant maistrcce,
Ne femme autre, soit droit ou tors,
Que leur fausse lengue ne blesse
Leur bon renom ; aise sont lors
Quant ilz en font mauvais rapors,
Qui s’i voudra mirer s’y mire,
Mais mieulx que vifs vaulsissent mors,
N’on n’en pourrait assez médire.
Je ne mesdi de nullui, fors
D’aucuns qui sont de Judas pire
Et sont de tous mauvais accors,
N’on n’en pourrait assez médire.