LA DOULEUR

Léocadie Hersent-Penquer

0 douleur, frappe encor sur mon front qui s'incline ! Tes coups sont superflus! Et si mon front se brise, oh ! frappe ma poitrine ! Tu ne me vaincras plus ! Plonge-moi, si tu veux, dans de profonds abîmes : Mets la nuit dans mon jour: Enlève à mon esprit les rêves magnanimes De gloire ou bien d'amour ; Donne ma robe blanche en pâture à ta flamme ; Dévore tout en moi ; Frappe mon cœur, ma vie ! — Il me reste mon âme, Il me reste ma foi ! Mon âme vient d'en haut : elle est sublime et forte, Elle accepte la croix. — Ah ! quand je joins les mains, ici-bas, que m'importe Le martyre ? — Je crois ! 0 douleur, frappe encor ! jette-moi sur la pierre! Je me relèverai ! J'ai mon refuge ailleurs. Mets-moi dans la poussière : Dieu m'appelle!. J'irai! * 0 douleur! tu naquis du serpent qui nous tue : De nos ambitions ! Tu naquis du péché de cette Eve abattue Au vent des passions ! Venge-toi ! venge-toi ! souffle sur nos années Ton haleine de feu ! Immole les vieillards, les femmes prosternées, Jette leur âme à Dieu ! Accomplis ton devoir, douleur, arme divine ! Livre l'homme à son sort : Il vit; il est heureux!. mais la fleur a l'épine! Mais la vie a la mort !