Ne nouvelles ne m’en vient

Christine de Pizan

Cent Ballades

Mesprendroye vers amours De faire nouvel ami, Quant j’ai, sens avoir secours, Attendu an et demi Celui que je tant amoye ? Bien vois qu’il ne lui souvient De moi, quant ne vient, n’envoie, Ne nouvelles ne m’en vient. Pour lui ai eu mains maux jours, Et se tel mal eût pour mi, Plus tôt venist que le cours ; Car oncques puis ne dormi Bien, qu’il parti, ne nos joie ; Ne sais quel cause le tient, Mais n’en oz ne vent ne voie, Ne nouvelles ne m’en vient. Se ne vueil plus en tels plours Vivre, J’ai assez gemi ; Être y pourroye tousjours, Qu’il n’en donroit un fremi. Ce n’est pas droit que je doie Lui amer, quant ne lui tient ; Ne ne chaud que je le voie, Ne nouvelles ne m’en vient.