le héron

Francis Jammes

Le Tombeau de Jean de La Fontaine — 1921

Je revêts la couleur des perles de la mer, Bien que mon pays soit le lac ou la rivière. D’aucuns m’ont vu ployer une patte en arrière Juché sur l’autre, alors que mon col souple et fier Après s’être enroulé se déroulait encore Parmi la fraîche et bleue haleine de l’aurore. Tu me sers, fabuliste, une étrange leçon Qui me fais contenter d’un simple limaçon, Comme si mon dédain eût rejeté la tanche Dont meurt la robe d’or dans une eau de pervenche. Ce n’est point ce défaut qu’il fallait me prêter ; Je n’ai point de mépris qui me fasse écarter Le goujon ou la tanche ou la carpe royale. Mais, t’ayant vu venir sous le feuillage pâle Des aulnes imitant, sur les bords, les brouillards, Je voulus te laisser jouir de cette vue Que mon bec eût troublée, où rien ne se remue, Où dort la libellule au cœur des nénuphars, Où le ciel des étés, vide autant qu’implacable, Projeta ces reflets qui brillent dans ta fable.