PREMIÈRE VOLUPTÉ

Léocadie Hersent-Penquer

Un zéphyr, devant moi, caressait une rose; La rose répondait aux baisers du zéphyr. Un papillon survient tout à coup et se pose Sur un humble bluet aussi bleu qu'un saphir. Un lilas balançait ses grappes odorantes Et berçait un ramier endormi dans son sein ; Une colombe émue, aux ailes palpitantes, S'approcha du ramier qui s'éveilla soudain. Deux cygnes, pleins d'orgueil, miraient leurs blanches ailes Sur un lac empourpré des rayons d'un beau jour; On eût dit qu'ils goûtaient des voluptés nouvelles, Qu'ils naissaient à la vie ou naissaient à l'amour. L'abeille, aux reflets d'or, butinait avec grâce Et choisissait toujours les plus brillantes fleurs; Un essaim de frelons bourdonnant dans l'espace, Semblait être animé de plus folles ardeurs. Une fille aux doux yeux, d'une voix attendrie Chantait ces mots d'amour qu'on aime à répéter. Un beau garçon fauchait des foins dans la prairie 2 Et s'arrêtait souvent pour l'écouter chanter ; i( Puis tous deux, s'approchant d'un buisson d'églantines, ; Cueillirent une fleur afin de l'échanger, Et, la main dans la main, gravirent les collines ; Sans songer à l'amour. sans vouloir y songer !. I Mais hélas ! ils avaient la beauté, la jeunesse, :: Et l'Amour les guettait afin de les blesser, ;: Car je vis leurs regards s'éteindre dans l'ivresse :: Et leurs lèvres s'unir dans un premier baiser ! ;' J'avais quinze ans alors : j'étais douce et timide, ; Fraîche comme une rose, humble comme un bluet; Zéphyrs et papillons baisaient mon front candide ': Et m'apprenaient tout bas un ravissant secret. Le lilas me cachait comme un ramier fidèle, it Quand j'allais, chaque jour, à son ombre m'asseoir; . Le lac, qui me disait souvent que j'étais belle, 1 Me montrait mes grands yeux tout rayonnants d'espoir. t: Et lorsque j'aspirais, comme l'abeille avide, l, Les parfums des bosquets ou la douce senteur :1 Qu'exhale le matin une bruyère humide, :' J'aurais voulu puiser ma vie à chaque fleur. L'air chaud qui m'inondait me semblait des caresses ; Í, Aucun frelon n'était aussi joyeux que moi. J'ouvrais déjà mon cœur à toutes les ivresses, Et mon cœur palpitait d'un tendre et doux émoi. Aussi lorsque je vis, là haut sur la colline, Ces deux bouches d'enfants s'unir et s'embrasser, Comme eux, sur un buisson, je pris une églantine. Mais n'ayant que la fleur, je rêvai le baiser !