TABLEAUX ET PAYSAGES A UN POKTE BRETON"

Léocadie Hersent-Penquer

La joie est dans l'air, la vie partout. MAX. RADIGUET. Vous avez quelquefois des mots remplis de charmes; Des mots qui font venir aux yeux de douces larmes, Poète, en vous lisant; Qui font qu'on aime mieux la nature enivrée Et la fleur diaprée, Et l'oiseau frémissant; Les soupirs du ramier, les frissons de son aile Quand il caresse en paix sa blanche tourterelle Au fronton d'une tour; Et l'étoile des nuits, si belle, si brillante, Lueur étincelante Qui s'éteint dans le jour! Les grands bois de sapins aux branches toujours vertes; Les champs jonchés d'épis, et les plaines couvertes De landes aux fleurs d'or; j Le merle qui redit sa folle chansonnette, La joyeuse alouette Aux chants plus gais encor. Et les sentiers cachés au milieu des bruyères, Dès ronces, des genêts; le sol semé de pierres .:, Du pays des Bretons; La plage désolée où le roc druidique, Au front mélancolique, Brave les aquilons ! Le pauvre toit de chaume enfoui dans la brume, Où la femme, accroupie au noir foyer qui fume, Dit sa chanson du soir, Sans souci d'être jeune et coquette et parée, Aimée ou désirée ; Mais le cœur plein d'espoir; Mais le cœur plein d'amour pour l'enfant qu'elle allaite; Pour l'époux qui travaille et n'a qu'un jour de fête Sur six jours de labeur; Pour le troupeau qui rentre alors de la prairie; Pour la Vierge Marie ! Pour son humble bonheur ! Poète, vous avez le don de poésie; Vous savez habiller, à votre fantaisie, Tout ce que Dieu bénit : La tour antique aux flancs du manoir centenaire ; Ses longs festons de lierre, Sa robe de granit ; La fête villageoise aux voix étourdissantes ; Les superstitions naïves et touchantes Du peuple armoricain ; Le saint qui nous guérit, celui qui nous console; La croix, divin symbole, Qui borde le chemin ! Les fossés couronnés de touffes d'aubépines, Quand le printemps renaît et verdit les collines, Et verdit les vallons; Quand la brise, qui joue aux branches d'un vieux saule, Comme une aile qui vole, Caresse les ajoncs ! L'étang tout émaillé de nénufars superbes ; La nacelle, échouée au sein des longues herbes Qui flottent sur les eaux ; Le moulin qui s'agite et s'éveille à l'aurore ; Le matin qui colore Ces ravissants tableaux ; Les foins demi-fauchés, les pâquerettes blanches, Le chèvrefeuille en fleur, qui monte jusqu'aux branches Des chênes inclinés ; L'église et le clocher d'un modeste village, Chefs-d'œuvre d'un autre âge, A l'oubli condamnés ! La prière en commun, les messes patronales, Et les processions sortant des cathédrales Avec recueillement; Les feux de la Saint-Jean illuminant la belle, Jetant une étincelle Au front de son amant ! Et la ferme opulente, et les danses sur l'aire ; La grange, humble grenier que le soleil éclaire ; La ruche au riche essaim ; La génisse qui joue et le bœuf qui rumine ; Le bouvier qui chemine Et chante un gai refrain. Poète, vous savez orner toutes ces choses; Vous pouvez, je le vois, embellir jusqu'aux roses Avec votre pinceau. 0 peintre! vous peignez le seul tableau que j'aime, Beaucoup mieux que moi-même ! Beaucoup mieux et plus beau ! Septembre 18..,