Mais, se Dieux plaît, j’en seray plus prochains

Christine de Pizan

Cent Ballades

L’espoir que j’ai de reveoir ma dame Prochainement, me fait joyeux chanter A haute voix ou vert bois soubz la rame, Ou par deduit j’ai appris a hanter Pour un petit les maux que j’ai domter, Pour ce qu’adès suis d’elle si longtains ; Mais, se Dieux plaît, j’en seray plus prochains. Et je dois bien avoir désir par m’ame D’elle veoir, car je m’ose vanter Qu’il n’est ne roi, ne duc, ne prince, n’ame Qui ne voulsist a elle honneur porter, Pour les grands biens qu’on en ot raconter ; Si me desplait, dont d’elle si loins mains ; Mais, se Dieux plaît, j’en seray plus prochains. Et sa beaulté, qui le mien cuer enflamme, Me fait souvent gémir et guermenter Pour le désir, qui m’estraint et affame, D’elle veoir, pour moi reconforter ; Je chanteray pour mon cuer deporter. Adès suis loin d’elle ou sont mes reclains ; Mais, se Dieu plaît, j’en seray plus prochains.