Les Ombres fidèles

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

Avec ton souvenir qui accoude en mon songe La statue aux yeux clos et qui serait ton ombre Si ta voix n’était pas morte dans mes pensées, Fraternels, et leurs mains entre elles enlacées, J’ai dans mon souvenir, debout et face à face, Anciens témoins et qui se parlent à voix basse, L’un qui sourit encore à l’autre qui larmoie, Le désir de la Mort, le désir de la Joie Qui se tiennent ainsi et ne me quittent pas ; Si je marche j’entends auprès de moi leurs pas ; Partout où je me songe et partout où je vais Ils me suivent, et l’un marche sur des pavés De marbre taciturne où poussent des fleurs claires Dès que l’autre après lui foule les sombres pierres.