Très doulz ami, or t’en souviegne

Christine de Pizan

Virelays

Très doulz ami, or t’en souviegne Que au Jour d’ui je te retien Pour mon ami, et aussi mien Vueil je que tout ton cuer deviegne ; Car c’est la guise, et bien j’entends, Entre les amans ordennée, Que le premier jour du printemps On retiengne ami pour l’année. A celle fin que l’amour tiegne Un chappellet vert fait très bien ; On doit donner cliascun le sien, Tant que l’autre année reviegne Très doux ami, or t’en souviegne. Si t’ai choisi et bien attends ; Car m’amour te sera donnée ; Grant peine as souffert, mais par temps Te sera bien guerre donnée. Afin que la guise maintiengne Le jour Saint Valentin, or tien Mon chappellet, mais ça le tien, Je t’ameray, quoi qu’il aviegne, Très doux ami, or t’en souviegne.