Ballade VIII (Quant je suis couschié en mon lit)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Quant je suis couschié en mon lit, Je ne puis en paix reposer ; Car toute la nuit mon cueur lit Ou Rommant de Plaisant Penser, Et me prie de l’escouter ; Si ne l’ose desobéir Pour doubte de le courroucer. Ainsi je laisse le dormir. Ce livre si est tout escript Des fais de ma Dame sans per ; Souvent mon cueur de joie rit, Quand il les list ou oyt compter ; Car certes tant sont à louer Qu’il y prend souverain plaisir ; Moymesmes ne m’en puis lasser, Ainsi je laisse le dormir. Se mes yeux demandent respit Par Sommeil qui les vient grever, Il les tense par grant dépit, Et si ne les peut surmonter ; Il ne cesse de soupirer À part soi ; j’ai lors, sans mentir, Grant paine de le rapaiser, Ainsi je laisse le dormir. Amour, je ne puis gouverner Mon cueur ; car tant vous veut servir Qu’il ne sait jour ne nuit cesser, Ainsi je laisse le dormir.