Le Testament, huitains LXXX à LXXXIII

François Villon

Le Testament

Item, m’amour, ma chère Rose, Ne luy laisse ne cueur ne foye : Elle aymeroit mieulx autre chose, Combien qu’elle ait assez monnoye : Quoy ? une grand bourse de soye, Pleine d’escuz, profonde et large : Mais pendu soit-il, que je soye, Qui luy lairra escu ne targe. Car elle en a, sans moy, assez. Mais de cela il ne m’en chault ; Mes grans deduictz en sont passez ; Plus n’en ay le cropion chauld. Si m’en desmetz aux hoirs Michault, Qui fut nommé le bon fouterre. Priez pour luy, faictes ung sault : A Saint-Satur gist, soubz Sancerre. Ce non obstant, pour m’acquitter Envers Amours, plus qu’envers elle, Car oncques n’y peuz acquester D’amours une seule estincelle ; Ne sçay s’à tous est si rebelle Qu’à moy : ce ne m’est grand esmoy ; Mais, par saincte Marie la belle ! Je n’y voy que rire pour moy. Ceste Ballade luy envoye, Qui se termine toute en R. Qui la portera ? que j’y voye : Ce sera Pernet de la Barre, Pourveu, s’il rencontre en son erre Ma damoyselle au nez tortu, Il luy dira, sans plus enquerre : « Orde paillarde, d’où viens-tu ? »