Soupirant lunaire

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Blanc Paon qui déployez ainsi qu’un éventail votre queue, et de large en long, beau noctambule, grave, cabré, royal — pour Elle, vaine bulle, lampe vénitienne ou reine de sérail, marchez, dodelinant de l’aigrette ; Pontife des luxes, qui lui dédiez en ut majeur ce lent frémissement de plumes, votre griffe trace — pour Elle, encor — un frêle hiéroglyphe dans le sable neigeux où va Votre-Blancheur. Muet, vous décrivez cette sensible gamme des poses, qui lui plaît, j’imagine ; elle, Dame très chauve, des hauteurs de l’astral infini mire au bassin dormant le rond visage uni dont s’inspire, blanc Paon, tout votre épithalame ! Et vous marchez de large en long, au bord de l’eau, précautieux, comme engoncé dans votre roue, beau soupirant lointain de Celle qui se joue, peut-être, où ne voit point derrière le halo des brumes ; celle-là qui rit ou fait la moue, sans qu’on s’en doute, et qui, Belle au visage uni, sur le bassin dormant, de l’astral infini, pour vous, blanc Paon royal, éventail noctambule, se mire — ronde et blonde lampe… vaine bulle…