Contemplation, Consolation

Victor Hugo

Toute la lyre

Que la douleur est courte et vite évanouie ! Hélas ! sitôt qu’une ombre en terre est enfouie, Vers cet être éclipsé qui jadis rayonna, Nul ne se tourne plus. Le premier soin qu’on a C’est de se délivrer de la mémoire chère. Dehors ce mendiant ! L’un rit, fait bonne chère, Et dit : Buvons, mangeons, vivons ! c’est le réel. L’autre endort son regret en regardant le ciel, Admire et songe, esprit flottant à l’aventure, Et fait évaporer ses pleurs dans la nature. L’homme, que le chagrin ne peut longtemps plier, Passe ; tout nous est bon, hélas ! pour oublier ; La contemplation berce, apaise et console ; Le cœur laisse, emporté par l’aile qui l’isole, Tomber les souvenirs en montant dans l’azur ; Le tombeau le plus cher n’est plus qu’un point obscur. Ceux qui vivent chantant, riant sans fin ni trêve, Ont bien vite enterré leurs morts ; celui qui rêve N’est pas un meilleur vase à conserver le deuil ; La nature emplit l’âme en éblouissant l’œil ; Et l’araignée Oubli, quand elle tend sa toile, D’un bout l’attache à l’homme et de l’autre à l’étoile.