Je parle de Dieu

Francis Jammes

De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir — 1898

Je parle de Dieu — mais pourtant est-ce que j’y crois ? — À cinq ans on me disait : tiens un croquant… Va le manger avec Marie aux vêpres. Sois bien sage et prie le bon Dieu, la vierge Marie. — Puis c’était la procession que la bonne et moi nous suivions, et de belles fleurs en coton dans des vases de loterie. Les petites filles fleuries jetaient en l’air des fleurs jolies. Je levais la tête pour voir le curé, le grand ostensoir qui luisait sur le reposoir. Et on chantait : ô bonne vierge ! Ô lis sans tache ! Fleur des berges ! — Et l’on voyait briller des cierges. Et l’on jetait encor des fleurs, et l’on chantait : prenez mon cœur, notre Dame des sept douleurs ! Le curé était magnifique levant les bras pour les cantiques. Et j’entendais dans ces cantiques : tu-u-us… tu uus… Ritus… … uum Us… …tuus. Et l’on jetait encor des roses. Les femmes pleuraient presque à cause de ces si belles, belles choses. Je voyais le petit Jésus à Noël, dans la crèche, nu. L’âne regardait par-dessus. Et maman disait : les rois mages portent la myrrhe, les images au petit Jésus qui est sage. Et je croyais que Dieu était un vieux tout blanc qui vous donnait toujours ce qu’on lui demandait. Ça m’est bien égal, ceux qui disent qu’il existe ou non — car l’église du village était douce et grise.