LA JEUNESSE
Léocadie Hersent-Penquer
La jeunesse, ô mon Dieu, c'est la force et la vie !
C'est le rêve insensé, la joie inassouvie,
L'attente et le désir !
C'est la soif qui renaît dès que la coupe est vide !
La jeunesse, ô mon Dieu, c'est un banquet splendide !
C'est un jour de plaisir !
C'est un brillant mirage aux promesses brillantes,
Où tout tableau qui passe a des couleurs saillantes
Qui captivent les yeux;
Où le palais taillé dans l'or et le porphyre,
Où le nid caressé par l'aile de Zéphire
Sont charmants et joyeux!
C'est mai tout couronné de pâquerettes blanches :
C'est ce front orgueilleux, ô femme, que tu penches
Sous un fardeau de fleurs !
C'est ce feu rayonnant qui sort de ta prunelle
Et qui jette à travers ton voile de dentelle
Tant de vives lueurs !
La jeunesse, ô mon Dieu, c'est l'illusion folle !
C'est l'espérance sainte ou l'aile qui s'envole
Et s'élève au hasard !
C'est la main qui travaille et l'esprit qui féconde ;
C'est ce levier puissant qui régénère un monde :
» La poésie et l'art !
C'est le rire éclatant sur des lèvres de roses;
Le rayon qui s'allume aux paupières mi-closes
D'un ange aux songes d'or !
C'est une tresse blonde à tous les vents livrée,
Une pensée ardente, inquiète, enivrée,
Qui prend tout son essor !
La jeunesse, ô mon Dieu, c'est la grâce divine !
C'est le joyau sans prix; c'est le manteau d'hermine
Qu'on étale au grand jour !
Au front de la beauté c'est un beau diadème :
La jeunesse, ô mon Dieu, c'est le bonheur suprême!
C'est l'amour ! c'est l'amour !