Memento

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

Crachant au monde qu’il effleure Sa bourdonnante vanité, L’homme est un moucheron d’une heure Qui veut pomper l’éternité. C’est un corps jouisseur qui souffre, Un esprit ailé qui se tord ; C’est le brin d’herbe au bord du gouffre, Avant la Mort. Puis, la main froide et violette, Il pince et ramène ses draps, Sans pouvoir dire qu’il halète, Étreint par d’invisibles bras. Et dans son cœur qui s’enténèbre, Il entend siffler le remord Comme une vipère funèbre, Pendant la Mort. Enfin, l’homme se décompose, S’émiette et se consume tout ; Le vent déterre cette chose Et l’éparpille on ne sait où. Et le dérisoire fantôme, L’oubli, vient, s’accroupit et dort Sur cette mémoire d’atome, Après la Mort !