A l’exil printanier des aubes

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

À l’éveil printanier des aubes et des rêves Le doux secret de notre amour s’est révélé ; On entendait le son d’une flûte mêlé Aux brises qui portaient des fleurs jusques aux grèves ; L’Été luxuriant berça nos heures brèves De l’ensoleillement de son midi troublé D’un seul frisson sonore et continu de blé Roux comme les cheveux des Éros et des Èves, Et, l’Automne, dans ce verger où nous errons Nous vîmes se gonfler et mûrir sur nos fronts Sans les cueillir, les fruits, tentants comme la gloire, Qui mènent les Héros fabuleux loin du Port Vers leur trophée et la conquête dérisoire D’une cendre qui gît sous une écorce d’or.