Premiers beaux Jours

Émile Verhaeren

Les Plaines — 1911

Printemps, par tes premiers beaux jours, Où l’on s’en va avec la simple joie D’aller, droit devant soi Toujours, Les champs semblent si doucement frémir à l’air Qu’on les dirait vierges et clairs Comme aux saisons les plus jeunes du monde. Les fleurs bonnes, les eaux profondes Et les mousses d’argent et d’or, Brins, flots et pétales tremblent d’accord, Sous les baisers luisants du vent qui glisse. Le sol est franc, le ciel est lisse. Les moucherons Dans les taillis, autour des troncs, Tourbillonnent en légères nuées Pour secouer, de leurs ailes fines, l’hiver. Tous les fossés sont déjà verts Et s’estompent, le soir, de mobiles buées. Les chemins clairs, aux carrefours bénis, Font le tour de la Flandre Avant de s’en aller, de méandre en méandre, Vers l’infini. Et les moulins, avec leur face en croix, Et les maisons, avec les yeux de leurs fenêtres, Ici, partout, ailleurs, regardent apparaître La vie ample et tranquille en qui les gens ont foi.