L’Âme des choses

Émilie Arnal

La Maison de granit — 1910

La bruyère est en fleur, et les champs de blé noir Exhalent leur parfum de miel dans l’air du soir ; Et l’ombre violette aux montagnes lointaines Met un épais manteau qui les rend plus hautaines. La solitude est grande, et pourtant l’on peut voir Des fantômes légers flotter sur le miroir Glauque et brouillé des lacs, et des voix incertaines Se mêlent par moment au sanglot des fontaines. Protectrice, à cette heure où tout menace et nuit, L’âme des choses passe et vibre dans la nuit ! C’est un souffle cueilli sur la lèvre embaumée D’une femme qui meurt du désir d’être aimée ; C’est, au ras de l’étang que la lune bleuit, Le vol silencieux d’un rêve qui s’enfuit ; C’est la brise qui court sur la terre pamée ; C’est, pour demain, la joie en grains dorés semée.