Ballade XXXVI
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Je ne vous puis ne sais amer,
Ma Dame, tant que je vouldroye ;
Car escript m’avez pour m’ôter
Ennui qui trop fort me guerroye :
« Mon seul ami, mon bien, ma joie,
« Celui que sur tous amer veulx,
« Je vous prie que soyez joyeux
« En espérant que brief vous voie. »
Je sens ces motz mon cueur percer
Si doucement que ne sauroye
Le confort, au vrai, vous mander
Que votre message m’envoie.
Car vous dictes que querez voie
De venir vers moi ; se m’aid Dieux,
Demander ne vouldroye mieulx,
En espérant que brief vous voie.
Et quant il vous plaît souhaidier
D’être emprès moi, où que je soye,
Par Dieu, nonpareille sans per,
C’est trop fait, se dit l’osoye.
Se suis ge qui plus le devroye
Souhaidier de cueur tressoingneux,
C’est ce dont tant suis desireux,
En espérant que brief vous voie.