LE SECRET DU BONHEUR. A mon ami H. L. M
Léocadie Hersent-Penquer
Tu cherches donc toujours d'où vient ce mot sublime :
La vie!. un noir mystère! un insondable abîme !
Tu cherches donc toujours pourquoi Dieu seul est grand?
Pourquoi tout ce qu'il donne à l'homme il le reprend?
Pourquoi, quand il nous fit pleins de soucis moroses,
Il fit en même temps les oiseaux et les roses,
Le baiser pour la lèvre et l'amour pour les cœurs,
Et le fruit de la vigne aux suaves liqueurs?
.Tu cherches donc toujours, dans ta pensée ardente,
A descendre aux enfers avec Virgile et Dante?
A monter dans le ciel avec le doux Milton !
A franchir d'un élan les mondes de Newton?
Tu cherches donc toujours le secret d'un mystère,
Poëte? quand tu peux, en marchant sur la terre,
Quand tu peux, sans sonder les secrets du Seigneur,
Trouver, à tes côtés, le secret du bonheur?
Partout ce doux secret à tes yeux se révèle :
Il est dans l'espérance et la saison nouvelle;
Dans l'épi mûrissant, dans l'humble fleur des bois ;
Il est dans cette coupe où, poëte, tu bois !
Dans ce nectar que Dieu mit aux lèvres d'Homère,
Versant la poésie à la vie éphémère
Pour que l'homme, ici-bas, ce fils du noir péché,
Ait au fond de son cœur un coin d'azur caché !
Pour que, même privé de joie et de lumière,
Comme Homère, les pieds saignant dans la poussière,
Il puisse, en s'abîmant dans son rêve de feu,
Voir planer sur son front la grande ombre de Dieu !
Le secret du bonheur est dans bien moins de chose
Encore : il est souvent dans l'odeur de la rose
Que respire, en passant, un papillon joyeux;
Dans la pêche embaumée, au duvet si soyeux,
Dont le merle rieur, ardent à la curée,
Emporte une parcelle en sa course enivrée ;
Il est, tu le sais bien, tu l'as vu quelquefois,
Dans l'éclair d'un regard, le charme d'une voix,
Le contact d'une main qui se livre et qu'on presse ;
Dans la moindre faveur, dans la moindre caresse.
Le secret du bonheur est partout ici-bas ;
Il est même en ton cœur, poëte, et tu combats !
Il est dans cette lyre en ton âme cachée,
Lyre dont notre oreille est ravie et touchée !
Il est dans ces vertus que nous tenons de Dieu
Et que nous rencontrons sur nos pas, en tout lieu :
La sainte charité, la foi plus sainte encore;
La foi qui nous éclaire, ainsi qu'un météore;
Qui protège nos pas, qui nous prend par les mains
Et parsème de fleurs nos plus rudes chemins;
Qui soulève pour nous le voile du mystère,
Montrant ainsi le ciel aux croyants de la terre.
Ne cherche plus si loin le secret du Seigneur,
Poète, et tu sauras le secret du bonheur !