Refloraisons

Renée de Brimont

Mirages — 1919

Écoutez-moi. Dans l’heure qui s’apaise votre âme aussi doit apaiser ses fièvres et consentir. Des mots sont sur mes lèvres que vous devez entendre, je le veux. — Où sont, hélas ! nos fragiles aveux ?… Mais j’ai cessé la querelle mauvaise ; je n’ai pour vous nul fade et vain pardon, nulle rancune ardente ou résignée. Rassurez-vous — je viens, d’ombre baignée, et pâle, et calme, et grave, avec des yeux plus indulgents et plus mystérieux d’avoir scruté les ombres de nos âmes. Vous qui, jadis, ne vouliez point entendre, écoutez-moi — c’est remuer la cendre et n’aspirer qu’un reflet de parfum ; l’heure n’est plus du long émoi défunt, mais sachez-le : mes larmes répandues, amère pluie, ont en moi fécondé d’autres moissons. — Ah ! tendresses perdues, cristal brisé comme une destinée, roses d’hier !… Mais des roses fanées voici qu’en moi d’autres roses sont nées.