Toi qui sais maintenant le secret de l’azur
Amélie Gex
Poésies — 1879
Toi qui sais maintenant le secret de l’azur,
Pourquoi sur chaque front une pierre retombe,
Ce que contient de vide ou d’espoir une tombe
Et quelle aube se lève au-delà de ce mur,
Réponds ! Dois-je, roulant sur la pente déclive
Où se heurtent pressés les mortels éperdus,
Vers un but incertain, comme eux, les bras tendus,
Laisser mon frêle esquif voguer à la dérive ?
Dois-je, oubliant mon vol comme un oiseau blessé,
Tristement, me blottir en ma désespérance,
Ployer, indifférent, au poids de la souffrance,
Ce front que l’idéal a jadis caressé ?…
Ou faut-il, champion que nul coup ne rebute,
Vers l’Eden inconnu le regard élevé,
Par l’austère malheur, fier athlète éprouvé,
Sans trêve et sans terreur, accepter chaque lutte ?
Oh ! pitié pour ce cœur assombri par le deuil !
Pitié pour cette foi qui chancelle et qui tremble !
Réponds ! Si le trépas quelque jour nous rassemble,
Verrai-je du tombeau s’illuminer le seuil ?
De ce Ciel tant rêvé qui se dérobe encore,
Pourrai-je dans la mort découvrir la clarté ?
Et mon œil, rajeuni par l’immortalité,
S’ouvrant sur l’infini, s’emplira-t-il d’aurore ?…
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Oh ! le temps ne m’est rien si je garde l’espoir !
Qu’importe le désir et qu’importe l’attente !
En souffrant, je puis dire à mon âme constante :
C’est peut-être demain !… c’est peut-être ce soir !