L’Étoile d’un fou

Maurice Rollinat

Les Névroses — 1883

À force de songer, je suis au bout du songe ; Mon pas n’avance plus pour le voyage humain, Aujourd’hui comme hier, hier comme demain, Rengaine de tourment, d’horreur et de mensonge ! Il me faut voir sans cesse, où que mon regard plonge, En tous lieux, se dresser la Peur sur mon chemin ; Satan fausse mes yeux, l’ennui rouille ma main, Et l’ombre de la Mort devant moi se prolonge. Reviens donc, bonne étoile, à mon triste horizon. Unique espoir d’un fou qui pleure sa raison, Laisse couler sur moi ta lumière placide ; Luis encore ! et surtout, cher Astre médecin, Accours me protéger, si jamais dans mon sein Serpentait l’éclair rouge et noir du Suicide.