Le Marin

Henri de Régnier

Les Médailles d’argile — 1900

Le soleil a hâlé de son âpre brûlure Son visage marin où les yeux, vifs encor, Semblent, loin de l’écueil et vers les feux du port, Orienter la vergue et régler la voilure. Vieux galant d’abordage et coureur d’aventure, Regrettant le grappin et l’ancre et le sabord, Il regarde dans sa main qui s’y crispe et le tord Le rauque porte-voix où vibra sa voix dure. Il monta, tour à tour, du Levant au Ponant, Le Non-Pareil, le Joli-Cœur et le Tonnant, Brick ou frégate ou lougre ou vaisseau pavoisé ; Et, prompt à commander salves ou branle-bas, Son geste semble au mât qu’un boulet a brisé Clouer le pavillon sous qui l’on coule bas.