Quand le flot soulevé par l’effort de la houle. Sonnet

Amélie Gex

Poésies — 1879

Quand le flot, soulevé par l’effort de la houle, S’agite, gronde et va, dans ses bonds convulsifs, Inexorablement, vers les sombres récifs Où sa masse brisée, en gémissant, s’écroule ; Ne vous semble-t-il pas, à vous, les cœurs pensifs, Voir passer des mortels la blême et triste foule Que l’âpre mort poursuit vers la tombe, et qui roule, Pêle-mêle, étouffant ses murmures plaintifs ?… — La tempête et la mort quelquefois font silence ! — Sur la mer apaisée, une barque s’élance, Joyeuse, en oubliant la colère des flots ; Ainsi l’homme après l’homme, au banquet de la vie Un instant vient s’asseoir, et Dieu qui le convie Cache à l’enfant rieur nos pleurs et nos sanglots !