Je dis que c’est pechié a qui le tait

Christine de Pizan

Autres balades

Trop hardement et grant presumpcion Aucuns instruit a oser diffamer Les plus souvrains, faignant entencion Juste et loyal, disant qu’on puet blâmer Tout viccieux, maudire et non amer ; Mais l’inutille Parolle qui puet mettre en une ville Noise et contens, traÿson et deffait, Destruccion en contrée fertille ; Je dis que c’est pechié a qui le fait. Pour ceux le dis, qui, par destraccion, Osent blâmer princes, pour enflammer Puepple contre eux par grief commossion, Et les osent, ours, lyons, loups nommer, Et fiers tirans les fleurs qu’on sieult clamer Lis trés nobille, Pilliers de foi, sousteneurs d’euvangille ; Pour les flatter ne le dis ; mais deffait Dont puet venir esclande a plus de mille ; Je dis que c’est pechié a qui le fait. Si ne faites, bons François, mencion, Que vous ayés tirans fiers plains d’amer ; Laissiez parler a autre nacion ; Car ne sçavés qu’est tirant, et semer Souffrez a tort tels diz, ne mesamer Vos souvrains qui le Sueffrent de leur douceur, c’est chose ville De soutenir contre eux si grant tort fait, Et de ditter balades de tel stille, Je dis que c’est pechié a qui le fait. Princes poissans, criminelle ou civille Vengeance pour tels diz en vos cœurs n’ait ; Car qui glaiv’e contre son puepple afille, Je dis que c’est pechié a qui le fait.