Ballade XLIX

Charles d’Orléans

Poème de la prison

J’ai mis en escript mes souhais Ou plus parfont de mon penser ; Et combien, quant je les ai fais, Que peu me pevent profiter, Je ne les voudrais donner Pour nul or qu’on me sceust offrir, En espérant, qu’au par aller. De mille l’un puist avenir. Par la foi de mon corps ! jamais Mon cueur ne se peut d’eux lasser ; Car si richement sont pourtrais Que souvent les vient regarder Et s’y esbat pour temps passer, En disant par ardent désir : Dieu doint que, pour me conforter, De mille l’un puist avenir ! C’est merveille, quant je me tais, Que j’oy mon cueur ainsi parler ; Et tient avec Amour ses plais, Que toujours veut acompaignier ; Car il dit que des biens d’amer Cent mille lui veut departir ; Plus ne quier, mais que, sans tarder, De mille l’un puist avenir. Veuillez à mon cueur accorder, Sans par parolles le mener, Amour, que, par votre plaisir, Des biens que lui voulez donner De mille l’un puist avenir.