La ferme était luisante

Francis Jammes

Un jour — 1895

La ferme était luisante et noire et des tamis pendaient aux murs. Le Dimanche était triste et beau, et les maïs n’étaient pas mûrs. De bonne heure il avait quitté ses père et mère, pour les Missions ; et il nous racontait qu’il buvait l’eau amère, en corruption. Il était en congé, et parlait de pagodes et de païens, et de fleuves pourris, de vase douce et jaune, et de chrétiens. Il parlait de supplices où l’on casse les ongles en vous brûlant, de coups de queue de raie, du grand Esprit, de l’ombre empoisonnant. Il était donc parti de la ferme luisante près de l’église blanche, et il était allé aux pays des sanglants vomissements. Il était de retour et, auprès de l’armoire, les vieux parents étaient émus, voyant la longue barbe noire du prêtre errant. Il disait : je fumais, nu-pieds, la nuit, ma pipe… Les Annamites cernèrent la case. Ils étaient armés de piques… J’avais une trique… Et il disait cela, et la ferme était triste où il était né… Dans la nuit du soleil on croyait voir pleurer la mère triste.