Il veut trestout quanque je vueil

Christine de Pizan

Autres balades

Dieux ! on se plaint trop durement De ces marys, trop oy médire D’eux, et qu’ilz sont communement Jaloux, rechignez et pleins d’ire. Mais ce ne puis je mie dire, Car j’ai mary tout a mon vueil, Bel et bon, et, sans moi desdiie, Il veut trestout quanque je vueil. Il ne veut fors esbatement Et me tance quant je soupire, Et bien lui plaît, s’il ne me ment, Qu’ami aie pour moi deduire, S’autre que lui je vueil élire ; De riens que je face il n’a dueil, Tout lui plaît, sans moi contredire, Il veut trestout quanque je vueil. Si dois bien vivre liement ; Car tel mary me doit suffire Qui en tout mon gouvernement Nulle riens ne treuve a redire, Et quant vers mon ami me tire Et je lui monstre bel accueil, Mon mary s’en rit, le doulz sire, Il veut trestout quanque je vueil. Dieu le me sauve, s’il n’empire, Ce mary : il n’a nul pareil, Car chanter, dancier vueil’ ou rire, Il veut trestout quanque je vueil.