Ballade XI (Loingtain de vous, ma tresbelle maîtresse)

Charles d’Orléans

Poème de la prison

Loingtain de vous, ma tresbelle maîtresse, Fors que de cueur que laissié je vous ai, Acompaignié de Deuil et de Tristesse, Jusques a tant que réconfort aurai D’un doux plaisir, quant revéoir pourray Votre gent corps, plaisant et gracieux, Car lors lairay tous mes maux ennuieux Et trouveray, se m’a dit Espérance, Par le pourchas du regart de mes yeux Autant de bien que j’ai de desplaisance. Car s’oncques nul sceut que c’est de destresse, Je pense bien que j’en ai fait l’essay. Si tresavant et à telle largesse Qu’en deuil pareil nulluy de moi ne sais. Mais ne m’en chaud ; certes j’endureray, Au desplaisir des jaloux envieux. Et me tendray, par semblance, joyeux ; Car quant je suis en greveuse penance, Ilz reçoyvent, que mal jour leur doint Dieux ! Autant de bien que j’ai de desplaisance. Tout prends en gré, jeune, gente Princesse, Mais qu’en sachiés tant seulement le vrai, En attendant le guerdon de Liesse Qu’à mon povoir vers vous desserviray ; Car le conseil de Loyauté ferai, Que garderay près de moi en tous lieux : Votre toujours soye, jeunes ou vieulx, Priant à Dieu, ma seule desirance, Qu’il vous envoit, s’avoir ne povez mieulx, Autant de bien que j’ai que desplaisance.