Ballade XLVIII
Charles d’Orléans
Poème de la prison
Trop long temps vous vois sommeillier,
Mon cueur, en deuil et desplaisir ;
Veuillez vous, ce jour, esveillier,
Alons au bois le May cueillir,
Pour la coustume maintenir.
Nous oirons des oyseaulx le glay
Dont ilz font les bois retentir,
Ce premier jour du mois de May.
Le Dieu d’Amours est coustumier,
À ce jour, de fête tenir,
Pour amoureux cueurs festier
Qui désirent de le servir ;
Pource, fait les arbres couvrir
De fleurs, et les champs de vert gai,
Pour la fête plus embellir,
Ce premier jour du mois de May.
Bien sais, mon cueur, que faulx Dangier
Vous fait mainte paine souffrir ;
Car il vous fait trop eslongner
Celle qui est votre désir.
Pour tant vous fault esbat querir ;
Mieux conseillier je ne vous s ai
Pour votre douleur amendrir.
Ce premier jour du mois de May.
Ma Dame, mon seul souvenir,
En cent jours n auroye loisir
De vous raconter, tout au vrai,
Le mal qui tient mon cueur martir,
Ce premier jour du mois de May.