Ainsi que Crusoë dans son île déserte

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

Ainsi que Crusoë dans son île déserte, le poète guette, à l’amère solitude, quelle voile apportera la béatitude à son exil. La mer, comme une porte ouverte, semble donner l’espoir qu’apparaîtra soudain le bateau qui rira à l’horizon d’étain. Et la fièvre prend le poète sur la grève. Il croit voir cette voile. Il n’y a pourtant rien que le toujours pareil si accablant du rêve. Le poète agonise. Il a soif, il a faim, sa passion lui tend du fiel et du vinaigre. Et les seuls fruits offerts au naufragé par Dieu, ce sont les fruits des cinq Mystères douloureux :