Vers 1820

Victor Hugo

Les Contemplations — 1856

Denise, ton mari, notre vieux pédagogue, Se promène ; il s’en va troubler la fraîche églogue Du bel adolescent Avril dans la forêt ; Tout tremble et tout devient pédant, dès qu’il paraît : L’âne bougonne un thème au bœuf son camarade ; Le vent fait sa tartine, et l’arbre sa tirade, L’églantier verdissant, doux garçon qui grandit, Déclame le récit de Théramène, et dit : « Son front large est armé de cornes menaçantes. » Denise, cependant, tu rêves et tu chantes, À l’âge où l’innocence ouvre sa vague fleur, Et, d’un œil ignorant, sans joie et sans douleur, Sans crainte et sans désir, tu vois, à l’heure où rentre L’étudiant en classe et le docteur dans l’antre, Venir à toi, montant ensemble l’escalier, L’ennui, maître d’école, et l’amour, écolier.