Quiconque a peint Amour, il fut ingénieux

Pierre de Ronsard

Amours diverses — 1578

Quiconque a peint Amour, il fut ingénieux, Non le faisant enfant chargé de traits et d'ailes, Non lui chargeant les mains de flammes éternelles, Mais bien d'un double crêpe enveloppant ses yeux. Amour hait la clarté, le jour m'est odieux : J'ai, qui me sert de jour, mes propres étincelles, Sans qu'un Soleil jaloux de ses flammes nouvelles S'amuse si long temps à tourner dans les cieux. Argus règne en Été, qui d'une œillade épaisse Épie l'amoureux parlant à sa maîtresse Le jour est de l'Amour ennemi dangereux. Soleil, tu me déplais : la nuit m'est bien meilleure : Prends pitié de mon mal, cache toi de bonne heure : Tu fus, comme je suis, autrefois amoureux.