Mon humble ami, mon chien fidèle, tu es mort

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

Mon humble ami, mon chien fidèle, tu es mort de cette mort que tu fuyais comme une guêpe lorsque tu te cachais sous la table. Ta tête s’est dirigée vers moi à l’heure brève et morne. Ô compagnon banal de l’homme : Être béni ! toi que nourrit la faim que ton maître partage, toi qui accompagnas dans leur pèlerinage l’archange Raphaël et le jeune Tobie… Ô serviteur : Que tu me sois d’un grand exemple, ô toi qui m’as aimé ainsi qu’un saint son Dieu ! Le mystère de ton obscure intelligence vit dans un paradis innocent et joyeux. Ah ! faites, mon Dieu, si Vous me donnez la grâce de Vous voir face à Face aux jours d’Eternité, faites qu’un pauvre chien contemple face à face celui qui fut son dieu parmi l’humanité.