POURQUOI JE NE CROIS PLUS

Léocadie Hersent-Penquer

Jlélas ! je vois tant de chimères Et tant de rêves éphémères, Et tant de désirs superflus, Aller où va la feuille morte, Au gré du zéphyr qui l'emporte, Vers le flux et vers le reflux ! Je vois tant d'ailes vagabondes, Tant de ramiers à têtes blondes, Tant d'oiseaux qui chantent en chœur, Au sein de l'air qui les fait vivre Et du bonheur qui les enivre, Tomber sous le plomb du chasseur. Je vois tant de fâcheuses choses : Tant d'épines pour quelques roses; Tant de nuages sur l'azur. Et même quand la nuit est belle, Je vois tant d'ombres autour d'elle L'envelopper d'un voile obscur. Quand le jour se lève et flamboie; Quand le frelon court, avec joie, De fruits en fruits, de fleurs en fleurs, Je vois tomber de la feuillée, Par la rosée encor mouillée, Goutte à goutte, hélas ! tant de pleurs ! Je vois souvent tant d'espérances Enfanter regrets et souffrances ; Je vois tant de fleurs se flétrir ; Tant de fruits gâtés avant l'heure. Je vois, j'en frémis et j'en pleure, Tant de petits enfants mourir ! Je vois sur le front de la femme Tant d'orages, et dans son âme Tant de vœux trompés, ô Seigneur! A travers sa porte mi-close Tant d'ennuis pour si peu de chose, Que je ne crois plus au bonheur! Puis je vois dans le cœur des hommes Tant de dédains pour nous qui sommes 68 , Leur joie ou leurs maux, tour à tour; Tant de mépris pour nos faiblesses, Tant de froideurs pour nos tendresses, Que je ne crois plus à l'amour!