La Lande aux rochers

Louisa Siefert

Rayons perdus — 1869

Qu’il faisait calme & beau, ce soir-là ! L’Angelus Tintait naïvement de village en village, Les flots du lac roulaient déferlant sur la plage, La rainette chantait au revers du talus. Une charrette au loin, de deux bœufs attelée, Passait. Nonchalamment assis sur le brancard, Gaule au poing, pieds pendants, le bouvier nasillard Éveillait en sifflant l’écho de la vallée, Tandis que d’un beau ciel, or & pourpre au couchant, Vert & bleu sombre à l’est, tombait sur les collines Un vague crépuscule aux teintes opalines, Qui confondait le bois, le marais & le champ. C’était la paix partout, la paix sereine & grave ; Et ceux qui descendaient de la lande aux rochers, Ce soir-là, relevaient aussi leurs fronts penchés Et se sentaient le cœur plus joyeux & plus brave.