Odelette X

Henri de Régnier

Les Jeux rustiques et divins — 1897

La douceur de l’aube va par les champs En moutons qui bêlent ; Toutes les brebis sont pareilles, Un bélier est noir, l’autre blanc, Et les agneaux et les agnelles Sont noirs et blancs. Le chemin est doux entre les haies ; La rivière est douce sous la saulaie ; Les arbres chantent dans la clarté nouvelle, Ils oui leurs ombres autour d’eux. Les prés sont bleus, La paix de midi sommeille sur la prairie En troupeaux d’or sous le soleil ; L’herbe est mûrie ; La ruche bourdonne d’abeilles, La grappe est lourde aux treilles Et les taureaux dorment dans l’herbe, Signes d’un zodiaque d’or. L’orgueil du soir est sur la terre, Les blés sont hauts de paille et lourds d’épis qui tremblent ; La forêt est lente à se taire..... Deux cloches, De l’est à l’ouest, sonnent ensemble, L’une lointaine, l’autre proche, Et l’une est grave et l’autre est claire, Toutes deux sont de métal pur. Toutes deux sonnent pour l’azur Et toutes deux sonnent ensemble L’orgueil de bronze et d’or de la belle journée, Si belle et si belle qu’il semble Que nulle fleur, ce soir, ne peut être fanée.