Soldats

Henri de Régnier

1914-1916 — 1918

« Nous voici. Nos voix sont fortes, Car nos cœurs sont glorieux Et le pas de nos cohortes Semble une marche de Dieux ; « Nos visages sont farouches Sous nos casques faits d’acier Et nous avons dans nos bouches Un âpre goût de laurier ; « Nos mains sont noires de poudre, Et l’on voit sur notre peau Les mêmes traces de foudre Que sur les plis du drapeau ; « Nos semelles de cuir rude Sont lourdes au pied pesant, À Verdun comme à Dixmude, D’avoir marché dans du sang… « Ne regarde pas nos nippes Sales et nos pieds boueux, Ni nos bidons, ni nos pipes. Regarde plutôt nos yeux, « Car ce qu’ils ont vu, prodige Que nul autre n’égala, Ce qu’ils ont vu, c’est, te dis-je, La Victoire, ces yeux-là ! »