Du coton dans les oreilles

Guillaume Apollinaire

Calligrammes — 1918

Tant d’explosifs sur le point VIF ! l’oses guerre tu en si toujours mot âme un mon Écris dans feu d’impacts le points crache Les féroce troupeau ? Ton OMÉGAPHONE Ceux qui revenaient de la mort En attendaient une pareille Et tout ce qui venait du nord Allait obscurcir le soleil Mais que voulez-vous c’est son sort Allô la truie C’est quand sonnera le réveil ALLÔ LA TRUIE La sentinelle au long regard La sentinelle au long regard Et la cagnat s’appelait La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard Allô la truie Tant et tant de coquelicots D’où tant de sang a-t-il coulé Qu’est-ce qu’il se met dans le coco Bon sang de bois il s’est saoulé Et sans pinard et sans tacot Avec de l’eau Allô la truie Le silence des phonographes Mitrailleuses des cinémas Tout l’échelon là-bas piaffe Fleurs de feu des lueurs-frimas Puisque le canon avait soif Allô la truie Et les trajectoires cabrées Trébuchements de soleils-nains Sur tant de chansons déchirées Il a l’Étoile du Bénin Mais du singe en boîtes carrées Crois-tu qu’il y aura la guerre Allô la truie Ah ! s’il vous plaît Ami l’Anglais Ah ! qu’il est laid Ton frère ton frère ton frère de lait Et je mangeais du pain de Gênes En respirant leurs gaz lacrymogènes Mets du coton dans tes oreilles D’siré Puis ce fut cette fleur sans nom À peine un souffle un souvenir Quand s’en allèrent les canons. Au tour des roues heure à courir La baleine a d’autres fanons Éclatements qui nous fanons Mais mets du coton dans des oreilles Évidemment les fanions Des signaleurs Allô la truie Ici la musique militaire joue Quelque chose Et chacun se souvient d’une joue Rose Parce que même les airs entraînants Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à la guerre Écoute s’il pleut écoute s’il pleut Les longs boyaux où tu chemines Adieu les cagnats d’artilleurs Tu retrouveras La tranchée en première ligne Les éléphants des pare-éclats Une girouette maligne Et les regards des guetteurs las Qui veillent le silence insigne Ne vois-tu rien venir au Pé ris co pe La balle qui froisse le silence Les projectiles d’artillerie qui glissent Comme un fleuve aérien Ne mettez plus de coton dans les oreilles Ça n’en vaut plus la peine Mais appelez donc Napoléon sur la tour Allô Le petit geste du fantassin qui se gratte au cou où les totos le démangent La vague Dans les caves Dans les caves