Stance. (Dieux ! qu’est-ce que je sens d’inquiet et de tendre)

Antoinette Des Houlières

Poésies de Madame Deshoulières — 1688

Dieux ! qu’est-ce que je sens d’inquiet et de tendre ? Me serais-je laissé charmer ? Hélas ! je n’en sais rien ; je voudrais bien l’apprendre, Et je n’ose m’en informer. D’un charmant souvenir je suis tout occupée ; Ah ! mon destin n’est plus douteux. Mon cœur, vous soupirez, ou je suis fort trompée, Comme fait un cœur amoureux. Vous cédez à Tircis sans faire résistance, Vous qu’on a vu plus d’une fois Traiter impunément avec indifférence Tout ce qu’on a vu sous mes lois. Pourquoi m’en étonner ? Tircis est plus aimable Que tout ce qu’on voit ici-bas ; Et je ne sens que trop qu’il est plus redoutable Pour qui craint un tendre embarras. Dissimulons du moins ces cruelles alarmes. Mais, quand ce berger plein d’ardeur Poussera des soupirs ou répandra des larmes, Mes yeux, vous trahirez mon cœur. Vous irez découvrir le tourment qui me presse, Et, par un regard languissant, Vous direz à Tircis combien je m’intéresse Pour toutes les peines qu’il sent. Oui, de tout mon repos vous avoûrez la perte. Mais, dussent croître mes soucis, Mes yeux, pour vous punir de l’avoir découverte, Vous ne verrez jamais Tircis.