Le chaud soleil d’Été

Henri de Régnier

Épisodes, Sites et Sonnets — 1891

Le chaud soleil d’Été berça les incuries De mon rêve engourdi sans force ni vouloir Et ma vague torpeur qui s’est distraite à voir Houler les épis lourds des récoltes mûries ; La gloire du couchant flambe des cuivreries Du soleil qui se meurt en sa pourpre du soir Et ce ciel de métal et de sang fait prévoir L’égorgement prochain des certaines tueries ; Au long d’un bois que le soleil atteint encor Le tranchant d’une faulx qui luit comme de l’or Semble un glaive oublié gisant dans l’herbe grasse, Près d’un sillon, miroite et se courbe le soc D’une charrue avec des reflets de cuirasse, Et la Mer calme écume à la pointe d’un roc.