Il est des jours où l’âme est triste. Elle retombe

Francis Jammes

Clairières dans le ciel — 1906

Il est des jours où l’ame est triste. Elle retombe. Et Dieu ne répond plus, semble-t-il. Et l’on songe à la sueur d’angoisse, à l’abandon du Fils. « L’âme est triste jusqu’à la mort. » Et on supplie, on s’obstine. Mais Dieu comme un mur de cachot demeure sourd, et l’on flotte dans le chaos. Et le cœur se dissout dans l’âme ainsi troublée. Alors, tenant ainsi qu’une poignée de blé son chapelet, ces grains de l’humilité sombre, le poète le sème aux divins champs de l’ombre où germe la moisson de toutes les prières. Il sent confusément qu’une grande Lumière lui est cachée par son corps dont il ne peut sortir. Pour briser la cloison, et voir, il faut mourir. L’œil ne laisse passer que ce jour de souffrance que voit un prisonnier qui attend sa délivrance. Le poète s’obstine, il appelle son Dieu. Or, tandis qu’il l’appelle, un Sens mystérieux semble à peine venir, mais vient, des profondeurs qui le recouvrent peu à peu comme un plongeur. … Ce sont les fruits de son rosaire qui éclosent dans le Ciel. Ce sont les fruits de Foi interdits au triste Orgueil qui méprise ces grains de buis parce qu’il ignore le mystère de toute chose.